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1, 2, 3, 4, 5, 6, 7
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Ouspensky, Gurdjieff et les Fragments d'un Enseignement inconnu

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Ouspensky, Gurdjieff et les Fragments d'un Enseignement inconnu


I

Parler dOuspensky cest parler de Gurdjieff. Et parler de Gurdjieff et dOuspensky, cest parler de la Tradition sotrique qui, sous forme fragmentaire, fut divulgue par lun avec une aide substantielle de lautre (1).

La grande difficult de toucher aux problmes sotriques consiste en ce que notre civilisation, analytique par excellence, avec sa spcialisation tendue linfini, est parvenue crer une lite trs cultive, mais avec cette particularit quen gnral, lintellectuel ne possde quune parcelle infime de notre Savoir. Fin spcialiste dans sa branche, il na que des notions sommaires du reste. Or, comme ce reste embrasse lensemble de la vie qui devient de plus en plus complexe et fivreuse - et quil faut affronter tout instant - paralllement au morcellement de la Connaissance, on a cr tout un systme de  boutons  afin que les pressant, lindividu obtienne les effets voulus sans passer par ltude et le travail. En payant ce quil faut, bien entendu.

Ainsi, lart de vivre se rsume actuellement lacquisition des connaissances approfondies dans un secteur troit de lEnsemble ce qui donne dj accs la fortune et aux honneurs, et, pour le reste lutilisation habile du systme des  boutons  rpondant tous nos besoins. Certes, il en allait ainsi au temps mme des Grecs et des Romains, mais comme le monde antique ne connaissait pas la spcialisation outrance, le secteur des  boutons  y tait minime alors que celui des connaissances approfondies embrassait la quasi-totalit du Savoir de lpoque.

Le systme de spcialisation qui, dans les tudes comme dans la ralisation nest en fait quun partage judicieux du travail, a permis les merveilles du progrs. Mais, en contrepartie, il a dshabitu lhomme de penser en profondeur, sauf dans sa branche.

A son tour, cela conduisit la formation dsquilibre de lhomme dlite contemporain: ct de lesprit critique trs pouss, dans son subconscient se dveloppa une crdulit insouponne en ce qui dborde sa spcialit et les domaines avoisinants.

Cependant, ltude de la Tradition sotrique et la conqute des objectifs quelle poursuit exigent, de par leur nature, une prudente circonspection et surtout une pense en profondeur. Rien ne peut y tre obtenu en pressant des  boutons . Au contraire, cette crdulit avec laquelle, par exemple, nous composons le numro de tlphone tant srs davoir aussitt notre correspondant au bout du fil, applique au tudes sotriques, est grosse des pires dangers.

Lesprit critique, le discernement et le sain jugement du bon sens sont requis ici encore davantage que dans les tudes scientifiques positives. Cest parce que dans ces dernires, somme toute, le risque nest pas grand. Il est limit par le simple insuccs, lobjet dtudes tant toujours extrieur ltudiant. Par contre, dans les tudes sotriques, ltudiant et lobjet de ses tudes ne font plus quun. Alors que la philosophie positive tudie lhomme sous son aspect abstrait, la philosophie sotrique tudie lhomme donn, notamment celui-l mme qui aborde les tudes. La mthode de lintrospection pratique dans toutes les coles sotriques, ainsi que les exercices qui sensuivent portent immanquablement et ds le dbut une atteinte la Personnalit de ltudiant. Car cest sur sa propre personnalit et non pas sur celle des autres ou sur des notions thoriques, quil est appel porter ses efforts prcisment en vue de sa transformation. Un homme mchant ou cruel peut faire, disons, une dcouverte scientifique. En matire sotrique cela est impossible. Parce que, avant daborder le travail constructif, ltudiant doit obligatoirement discipliner, puis quilibrer son psychisme, cest--dire sa propre personnalit.

Cela ne prsente aucun danger si le travail se fait correctement et est men bien. Mais abandonn mi-chemin ou conduit sous la direction dun professeur incomptent, ou, pire encore, intress, cela peut conduire des catastrophes. Une dissolution de la Personnalit tel habituellement est le rsultat. Malaise, dpression morale, pessimisme noir, manie de la perscution sont les symptmes de cette dissolution progressive. Dans des cas plus graves, cela peut conduire un dsquilibre total allant jusqu la ngation de Soi, ce qui ouvre le chemin vers le suicide.

* * *

Lanalyse critique qui constitue la mthode de base de la science positive, fait galement celle des tudes sotriques. De sorte que la valeur scientifique de ces deux branches du savoir est absolument gale. Toutefois, il y a une diffrence dapplication qui doit tre signale.

Dans la science positive, un postulat peut tre expos et dmontr publiquement parce que lobjet dtude du savant ne fait pas un avec lui-mme. Soumis une svre analyse critique par dautres savants, sa thse nest admise par la science que lorsquelle a soutenu lpreuve et na pas pu tre rejete. Dans les tudes sotriques, la partie essentielle du travail se produit introspectivement dans le monde intrieur du chercheur. Et comme celui-ci et lobjet de ses recherches ne font quun, il est matriellement impossible de soumettre ses expriences intrieures une dmonstration acadmique.

Cependant, lorsquen matire sotrique on propose aux tudiants des postulats, on ne leur demande nullement de les accepter sur parole. Au contraire, on les engage instamment fuir toute tendance la crdulit. Mais tant donn que lobjet de leurs tudes appartient leur monde intrieur et comme, dautre part, la nature de ces tudes, en grande partie les mne vers le nouveau, cest--dire vers linconnu, on leur recommande de ne pas chercher demble dmolir les postulats proposs pour les accepter ensuite, mais de chercher sy appuyer et les confirmer par leur propre exprience, selon les mthodes indiques. Et si en les appliquant consciencieusement et avec assiduit, ils ne parviennent pas aux rsultats noncs, alors ils auront le droit de les rejeter.

Lesprit critique est donc requis dans les tudes sotriques au mme titre que dans les tudes positives. Mais tandis que celles-ci, partant du centre, par le rayonnement de la spcialisation cherchent atteindre la circonfrence dans tous ses points, celles-l, partant de la priphrie, tendent gagner le centre.

Il nous semble utile dexposer ces quelques notions lmentaires afin de faciliter au lecteur qui ne serait pas familier avec cette matire, lintelligence de la prsente tude ayant pour objet: Ouspensky, Gurdjieff et les Fragments dun enseignement inconnu.

Lorsque, en 1951, je reu le volume des Fragments dun enseignement inconnu (2), jprouvai un sentiment mlang. Autrefois, jtais intime avec Ouspensky. Notre amiti avait pour base lesprit de recherches qui nous animait tous les deux. En 1920-21, Constantinople, jai assist ses confrences publiques, et cest l quil ma mis en rapport avec G.I. Gurdjieff. L galement jai pris connaissance du systme dont ce dernier tait le porte-parole; avec Ouspensky, nous lavons discut tant Constantinople que plus tard Paris et Londres.

Install depuis 1921 en Angleterre, Ouspensky rdigeait ses Fragments. Il les crivit en russe. Plus tard, il en confia la traduction la baronne O.A. Rausch de Traubenberg, installe Paris, et il me demanda de la contrler. Ce travail avanait lentement au cours des annes 1924 et suivantes jusquau dcs de Mme Rausch, morte de phtisie dans lt 1928. Outre le contrle de la traduction, Ouspensky me priait de lui communiquer mes objections critiques quant au fond. Je le fis volontiers, en partie dans mes lettres, mais surtout au cours de longs changes de vues lorsquil venait de Londres Paris.

Si je moccupais de son manuscrit, ctait dune part pour lui rendre service, lui-mme ne sachant pas bien le franais; dautre part, cela me donnait loccasion de discuter avec lui tous les lments du systme. Or, nous ntions pas toujours daccord sur linterprtation de certains de ses aspects, parfois sur leur sens profond. Toutefois, cela ne portait pas atteinte notre amiti, nos discussions tant places sous lgide du principe: Amicus Plato, sed magis arnica veritas.

* * *

Ma dernire rencontre avec Ouspensky eut lieu en mai 1937 lorsque je suis all le voir Londres, plus prcisment au chteau de Lyne, non loin de la capitale, o il tait install avec ses disciples. Nous parlmes, naturellement, des Fragments.

Jtais hostile leur publication. Il me semblait que la doctrine sotrique, de par sa nature mme, chappe un expos dtaill par crit. Cest pour cette raison sans doute que laptre St-Jean disait:... Si lon crivait en dtail, je pense que le monde entier ne pourrait contenir les livres quon crirait (3).

Il faut dire quOuspensky sen rendait compte. Et il finit par partager ma manire de voir. La preuve en est quil na pas publi les Fragments bien que le texte ft achev quelque vingt ans avant sa mort.

Il y avait encore dautres raisons mon attitude ngative. Ouspensky et plus forte raison son entourage ne faisait pas de distinction nette entre le message et le messager. Cela ne veut pas dire quil nen ait pas eu lide. Il en parle dans ses Fragments, quoiquen des termes qui trahissent sa faiblesse (4). Si, en 1924, aprs huit ans de travail avec Gurdjieff, il stait spar de lui, ce ne fut quune  sparation de corps , non pas un divorce en bonne et due forme. Ouspensky plaait le messager, cest--dire Gurdjieff, au centre dvnements dont le tourbillon lemportait. Si bien quencore Constantinople, en 1921, il le comparait Socrate, laissant entendre que son rle tait celui de Platon. Or, Socrate fut un hros; et Gurdjieff tait un bon-vivant.

Il ne faut toutefois pas minimiser son mrite. On noubliera pas que Gurdjieff apporta son message en ntant quun primaire, mais sans tomber dans des contradictions importantes avec lui-mme. On mesurera ltendue de son effort, en rappelant quOuspensky, philosophe et crivain de talent, mit au moins une dizaine dannes pour lexposer et une dcennie de plus pour les corrections et les rectifications ncessaires.

Cependant, journaliste de mtier, et le premier mtier laisse toujours une empreinte pour la vie , sans sen rendre compte, il communiqua aux Fragments le caractre dun reportage conu la mode du XXe sicle, cest--dire avec une forte nuance personnelle. Somme toute, les Fragments ne sont autre chose que  Gurdjieff vu par Ouspensky .

Or, lessentiel tait de transplanter le message dans le sol qui lui tait propre afin quil pt tendre ses racines et porter des fruits.

Bientt il mapparut clairement que, pour cela, il aurait fallu placer le message dans son contexte historique, et je me rendis compte que, sans cette condition, il tait condamn demeurer lettre morte. Pire encore, engendrer de dangereuses dviations.

Ce qui empchait Ouspensky de prendre vis--vis de Gurdjieff une position claire, cest--dire de soccuper du message en laissant le messager son aventure, avec ses qualits et dfauts, cest quil se trouvait sous une forte influence personnelle de celui-ci.

Il na pu rsister cette influence pour plusieurs raisons. Dabord cause de son caractre. Charmant quoique sujet des emportements aimable, trs habile dans la dialectique, ce ntait pas un homme fort. Et puis ctait un autodidacte. Il navait mme pas achev son instruction secondaire. Plein dides, cur tendre, crivain de talent, il ntait pas protg intrieurement, par cette prcieuse armure qui est la mthode scientifique. Tout en lui tait flottant, donc ouvert des influences extrieures. Et il fut trs isol dans la vie qui ne lui pargna pas les-dboires (5). Gurdjieff, par contre, quoique dhorizon limit, fut un homme de caractre ferme. Il simposa Ouspensky.

Celui-ci aspirait au merveilleux (6), et, dans sa crdulit un peu nave, pensait toujours que derrire les ides, les postulats et les schmas qui dans leur ensemble constituaient le message il y avait encore une rserve inpuisable de toutes sortes de merveilles quil fallait cependant, comme il disait,  savoir tirer  de Gurdjieff. Or, comme on le verra plus loin, il ny avait que du creux. Et de la  magie .

Ouspensky aspirait aux  faits  (7). Et, malgr quelques sautes dhumeur, il attendait ces faits de Gurdjieff avec une foi toute pure, toute nave. Ainsi il se trouvait bien prpar des suggestions hypnotiques, ce qui permit prcisment Gurdjieff de lui fournir les  faits voulus . Et, par l, de river Ouspensky, pour plusieurs annes sa personne et de se servir de lui. Il lui tait trs utile surtout pour trouver les fonds ncessaires ses  Instituts  (8). On peut mme dire sans exagration que, sans Ouspensky, la carrire de Gurdjieff en Occident net pas dpass probablement le stade des entretiens sans fin dans des cafs.

Lempire de Gurdjieff sur Ouspensky fut ds le dbut calcul et savamment tabli. Ouspensky raconte dans les Fragments (9) comment il lavait attir vers lui, puis consolid ce lien.

On sait quun individu normal et sain, sil ne veut pas tre hypnotis, peut facilement rsister aux efforts de lhypnotiseur. Cest pourquoi, les hypnotiseurs professionnels cherchent crer dabord une  atmosphre . Pour Gurdjieff dans le cas dOuspensky, ctait dautant plus facile que celui-ci, on le sait dj, aspirait aux  faits  et cherchait le  merveilleux  avec toute la force virginale de sa crdulit ingnue, encore que lui-mme se croyait trs raliste.

Lemprise fut tablie sur lui dj Moscou puis en Finlande et dune faon si forte que plusieurs annes aprs, lorsquil rdigeait les Fragments, il racontait tout bonnement comment Gurdjieff lui disait, lui, auteur dun trait remarquable de Tertiu Organum (10) quil ne comprenait pas ce quil avait crit (11).

On sait que lorsque la volont de lhypnotiseur est, pour ainsi dire, embrasse par le dsir du patient, il est quasi impossible un tiers de le dshypnotiser. Si bien quil tait inutile dessayer de dmontrer Ouspensky tout le ridicule dune telle affirmation, sans parler de son insolence. Lhypnose exerait ses redoutables effets. Les arguments du simple bon sens navaient pour lui dans ce cas, aucune valeur. Il sirritait et disait que ctait moi qui ny comprenait rien... Il ne savait pas ce qui est paradoxal quaucune connaissance suprieure ne va jamais lencontre du bon sens.

Un jour nous nous trouvions, Ouspensky et moi dner chez Mme O.A. Rausch. Au sortir de table, le fils de la baronne, garonnet de douze ans, sapprocha avec son album et demanda que nous y crivions quelque chose. Il me tendit son album en premier. Jy crivis ceci: Quoiquil tarrive dans la vie, ne perds jamais de vue que deux fois deux font quatre. Je passai lalbum Ouspensky. Il crivait sous ma sentence: Quoiquil tarrive dans la vie, ne perds pas de vue que deux fois deux ne font jamais quatre...

Boutade? Certes ! Mais sous laspect qui nous intresse pour linstant, Ouspensky sy trouve tout entier.

Il sourit et me jeta un regard malicieux. Alek lut ce que nous avions crit, montra lalbum sa mre, puis le ferma et se retira dans sa chambre aprs nous avoir souhait une bonne nuit. Sa mre qui connaissait fort bien Ouspensky, haussa lgrement les paules, nous regarda lun aprs lautre et dit:

Eh bien! dans vos maximes, je vous reconnais parfaitement tous deux.

* * *

Pour Gurdjieff, Ouspensky, comme dailleurs le systme, tait un moyen dattirer lui des gens sur lesquels il exerait ensuite son influence directe. Ouspensky ntait pas le seul; dautres personnes aprs lui jouaient encore le rle de rabatteurs. Mais au temps o je faisais mes observations, Ouspensky fut sans conteste, la figure principale.

Sur les gens qui tombaient dans son orbite, Gurdjieff exerait son influence dune manire trs simple, voire brutale. Le contenu du message mis part, ce fut ce quil appelait le Travail. Ce  travail , abstraction faite des  conversations  et des  exercices , consistait persuader ses disciples quils taient littralement zro en chiffre. Il leur disait sans ambage et en face , chacun dentre eux quils ntaient ni plus, ni moins que de lordure. Et les gens acceptaient cela. On ma rapport que, dans la dernire priode, lorsquil avait dj quitt Fontainebleau-Avon, pour Paris, il accentua ses expressions encore davantage, disant aux gens qui lapprochaient dans lespoir dy trouver une rvlation, quils ntaient en fait quune simple  merdit .

Il ne faut toutefois pas trop stonner de ces faits. Sans parler de Cagliostro, lhistoire de  Matre Philippe  et celle de Raspoutine la Cour de Russie nous fournissent des exemples encore plus frappants. Et il ne faut pas non plus croire que ctaient des phnomnes spcifiquement russes, propres la soi-disant  me slave . Dailleurs, le  Matre Philippe  tait un Franais; et si Raspoutine fut un Russe, on noubliera pas que la famille impriale tait de pur sang allemand. Les ducs de Holstein Gottorp, au cours dun sicle et demi de rgne en Russie, prenaient pour impratrices des princesses allemandes; aussi la Cour de Russie leur entourage finit par tre fortement germanise. Pourtant Raspoutine, paysan peu lettr, exera sur limpratrice, ne Alice de Darmstadt, et sur Nicolas II, une influence dcisive. Cette influence tenait sous son empire non seulement les courtisans, mais galement plusieurs ministres, les hommes dtat, les dputs faisant antichambre...

Quel tait le but poursuivi par Gurdjieff? Personne ne la su. Il est aussi difficile de le dgager de ses actes que celui de Raspoutine. Ouspensky racontait il le dit dans les Fragments quau dbut il avait pos la question, quoi Gurdjieff rpondit:

Jai certainement un but, mais vous me permettez de ne pas en parler. Car mon but ne peut encore rien signifier pour vous. Pour vous, ce qui compte maintenant, cest que vous puissez dfinir votre propre but. Quant lenseignement mme, il ne saurait avoir un but. Il ne fait quindiquer aux hommes le meilleur moyen datteindre leur but, quel quil soit (12).

* * *

Une autre question surgit tout naturellement: o a-t-il pris le contenu du message, ce systme, comme nous disions, et qui porte en lui les traces incontestables dune antique sagesse. Ouspensky, hant par lide des coles sotriques dont il se faisait une reprsentation trs personnelle et quil allait chercher en  Orient , sans succs bien entendu, croyait que Gurdjieff savait tout peu prs, lui demanda un jour de lclairer sur ce sujet. Voici ce quil en obtint:

- Aujourdhui, lui dit Gurdjieff, en Orient vous ne trouverez que des coles spcialises; il ny a pas dcoles gnrales. Chaque matre ou guru, est un spcialiste en quelque matire. Lun est astronome, lautre sculpteur, le troisime musicien, et les lves doivent tudier avant tout la matire qui est la spcialit de leur matre, aprs quoi ils passent une autre matire et ainsi de suite. Cela prendrait un millier dannes pour tout tudier.

- Mais vous, comment avez-vous tudi?

- Je ntais pas seul. Il y avait toutes sortes de spcialistes parmi nous. Chacun tudiait selon les mthodes de sa science particulire. Aprs quoi, lorsque nous nous runissions, nous nous faisions part des rsultats que nous avions obtenu.

- Et o sont maintenant vos compagnons?

Gurdjieff, continue le rcit dOuspensky, demeura silencieux, puis, regardant au loin, il dit lentement:

- Quelques-uns sont morts, dautres poursuivent leurs travaux, dautres sont clotrs.

Cette expression, poursuit Ouspensky, de la langue monastique, entendue dans un moment o je my attendais si peu, me fit prouver un sentiment de gne trange. Et soudain je me rendis compte que Gurdjieff menait un certain jeu avec moi, comme sil essayait dlibrment de me jeter de temps autre un mot qui pt mintresser et orienter mes penses dans une direction dfinie (13). Lorsque jessayais de lui demander plus nettement o il avait trouv ce quil savait, quelle source il avait puis ses connaissances, et jusquo elles stendaient, il ne me donnait pas de rponse directe (14).

* * *

En matire sotrique, le mensonge ne peut pas couvrir et, en fait, ne couvre pas la totalit des relations humaines possibles. Il y a des secteurs o personne ne peut mentir. Ou, du moins, mentir intgralement. La dernire question pose par Ouspensky appartenait ce secteur. Mais il ne connaissait pas cette loi, et pour cela certainement, na pas su non plus poser la question comme il le fallait.

Un jour, assis avec Gurdjieff au Caf de la Paix sur les Grands Boulevards Paris, je lui ai dit, brle-pourpoint:

Je trouve le systme la base de la doctrine chrtienne. Que dites-vous ce sujet ?

Cest lABC, me rpondit-il. Mais eux, ils ne le comprennent point !

Ce systme est-il vous ?

Non...

O lavez-vous trouv ? O lavez-vous pris?

Peut-tre lai-je vol... (15).

Il faut dire pour mieux comprendre mes relations avec Gurdjieff que joccupais vis--vis de lui une position un peu spciale. Jai eu des contacts avec lui Constantinople, Fontainebleau et Paris, mais je nai jamais fait partie de ses  Instituts ; autrement dit je ne me suis jamais trouv sous sa dpendance, quelle quelle ft. Ainsi, je me trouvais hors de la zone de son influence personnelle qui dominait son entourage immdiat. Et il faut que le lecteur le sache linfluence hypnotique, comme toute influence de la nature, est inversement proportionnelle au carr de la distance. Distance physique et psychique ou lune ou lautre. Or, les effets de cette influence de Gurdjieff sur son entourage immdiat taient visibles. Il pouvait proposer ses disciples nimporte quelle absurdit, voire mme monstruosit, sr davance quelle serait accepte avec enthousiasme comme une rvlation. Dans ltat psychologique ainsi cr, les gens ne raisonnaient plus. Tout tait bon, parce quainsi parlait Zarathustra (16).

Ils ignoraient que ctait une mthode. Mthode bien connue partout en Orient o on cherche parfois envelopper lenseignement tendant vers la vrit dune gane de scandales et des contradictions les plus choquants. Ceci dans le but final de trouver une rsistance ; et dans le but immdiat de placer le disciple entre ls deux groupes de forces : dattraction et de rpulsion ; de provoquer ainsi en lui une inquitude et, par l, la lutte intrieure la plus intense possible daffirmations et de ngations, ce frottement du langage technique appel engendrer la chaleur pour finir par allumer le feu (17). Car, dit la doctrine chrtienne, le chemin vers la vrit passe par les doutes. En faisant ainsi multiplier les doutes dans lesprit et le cur de ltudiant, on lui offre loccasion de franchir plus rapidement ltape prliminaire.

Cette mthode trs efficace et dont les traces et les allusions se retrouvent aussi bien dans les vangiles que chez les aptres et les docteurs de lglise oecumnique, a cependant cet inconvnient quapplique avec excs, elle dsaxe compltement les gens. En Orient on ne sen fait pas beaucoup de scrupules; on y considre gnralement les dsaxs comme une sorte de dchet de fabrication. Car, dit-on, notre vie nest pas nous-mmes et ne nous appartient pas; elle nous est prte prcisment pour cette exprience majeure, et si elle na pas russi, tant pis. La parabole des talents ne le dit-elle pas explicitement ? (18).

Il faut dire aussi que tout en crant autour de lui et avec beaucoup de savoir faire une telle atmosphre, Gurdjieff lui-mme donnait des avertissements. Il rptait avec malice que les gens aspirent tre dupes et quils aiment croire des lgendes fabriques par eux-mmes. Cependant, ces avertissements demeuraient sans effet. Les uns ny voyaient que des plaisanteries du matre ; les autres, tout en prenant ces maximes au srieux, les appliquaient leurs voisins; les troisimes disaient quil fallait les prendre au sens suprieur...

On comprendra aisment que lorsquun homme du dehors, comme moi, essayait dlever la voix contre lidoltrie qui finissait par faire de Gurdjieff une sorte de Cagliostro ou de Raspoutine, on me regardait avec condescendance, voire avec compassion.

* * *

Ds le dbut, il ma paru vident que pour que ce systme pt tre apport Moscou et Ptrograd, il avait fallu quil passt par un long chemin historique par des centres lacs et religieux de lgypte, de la Grce antique et de lAsie Antrieure, pour se rfugier enfin au sein de lOrthodoxie orientale sur le sol de la Russie dernire survivante du monde antique disparu. Dailleurs, telles taient les quelques indications qui mtaient parvenues des recherches faites dans ce domaine au cours des deuxime et troisime quarts du XIXe sicle par Andr Mouravieff qui consacra une grande partie de sa vie des voyages dans le Proche Orient. Il frquentait lgypte, les Lieux Saints, lAsie Mineure, alla jusquen Armnie, au Kurdistan la recherche des anciens manuscrits et des anciennes traditions. Chambellan la Cour impriale, Membre du Saint-Synode, il fonda au Mont-Athos le couvent de Saint-Andr avec une htellerie Constantinople lintention des plerins. Mort Kiev en 1874, il lgua ses disciples prfrs la mission de continuer les recherches dans la rgion de Kars, des lacs Ourmiah et Van, pour aller ensuite dans lAzerbaidjan persan, puis en Asie Centrale (19).

Compte tenu de cela, et poursuivant mes propres recherches ainsi que des tudes comparatives des lments originaux de la culture russe avec les sources de lOrthodoxie orientale, je suis finalement arriv placer le message apport par Gurdjieff dans son contexte historique. Mais pour cela, jtais oblig de remonter aux anciennes croyances slaves, prchrtiennes, dtablir leur rapport avec celles des Scythes, des anciens Indiens et anciens gyptiens ; dtudier des monuments tels que la Philocalie, de reprendre ltude des textes des vangiles avec des clefs ainsi obtenues, enfin, le Psaume CXVIII du roi David qui, sous une forme compacte, renferme ce mme systme.

Rsultat de ces recherches, le message ne se prsentait plus, pour moi, comme un monceau de  fragments , ni comme un  enseignement inconnu . Plac dans son cadre historique et sur le sol qui lui est propre, il perdit son caractre sensationnel et son got  exotique  pour apparatre comme un fond de symboles, de paraboles et de diverses allusions rpandues partout et connues de tous. Et, dautres part, comme base des anciennes croyances des Slaves et des Scythes qui se retrouvent dans les traditions de lOrthodoxie byzantin-russe.

Jai pu tablir galement que, dans le haut moyen ge, les,  fragments  avaient t connus aussi en Occident, hrits probablement, comme en Orient, des enseignements sotriques du monde antique travers le christianisme primitif.

Certaines traces en existent toujours; elles constituent le fil conducteur qui attend des explorateurs.

III

La mort de Katherine Mansfield l Institut  (20) produisit sur Ouspensky une forte impression et le dtermina rompre avec Gurdieff. Mais une impression encore plus forte lui vint de laccident dautomobile survenu Gurdjieff au croisement des routes nationales de Paris Fontainebleau (N 7) et de Versailles Choisy-le-Roi (N 168).

Gurdjieff rentrait de Paris au Prieur tout seul en voiture, dans la nuit. On ne sait pas la cause immdiate de cet accident ; mais le fait est qu une vitesse dpassant soixante lheure, il se jeta droit contre le tronc dun arbre et fut grivement bless. Instruit de cela, quelques jours aprs, Ouspensky vint de Londres Paris; et, tous les deux, nous allmes sur les lieux de la catastrophe.

Abattu, cras, aprs un silence prolong, il me dit:

Jai peur... Cest effroyable... LInstitut de Georges Ivanovitch fut cr pour chapper linfluence de la loi du hasard sous laquelle on passe sa vie. Eh bien, voici que lui-mme est tomb sous lempire de cette mme loi...

Et il poursuivit:

Je me demande encore si cest vraiment un, pur hasard? Gurdjieff faisait toujours bon march de la probit comme de la personnalit humaine en gnral. Na-t-il pas dpass la mesure? Je vous le dis, jai terriblement peur!

Silencieux, nous avons repris la route. A Fontainebleau nous nous sommes installs dans un restaurant pour djener. Il ma pri de tlphoner au Prieur (21) pour demander lappareil sa belle-fille qui faisait partie des  philosophes de la fort . Mais elle ntait pas l.

Au cours du djener, Ouspensky revint plus dune reprise la question de la valeur relle de la probit. Visiblement, le problme constituait pour lui une sorte de point tournant. Et, la suite dassociations, pour moi insondables, il liait la question de la probit laccident survenu Gurdjieff.

Cependant, nous lavons dit, Ouspensky ne rompit avec Gurdjieff que, pour ainsi dire, physiquement. Et, aprs cela, il naimait pas revenir, du moins dans ses conversations avec moi, lanalyse du  phnomne Gurdjieff . Aprs quelques drobades, je lui ai pos droit la question: pourquoi vitait-il cette sorte dentretien qui, mon avis, pouvait tre instructif et do on pourrait tirer du moins une leon.

Ctait le soir, tard, dans un bar de Montmartre o Ouspensky avait voulu terminer la soire aprs un bon dner dans un restaurant, place Saint-Michel.

Soudain, son expression changea. Jeus limpression que devant moi se trouvait un autre homme, et non plus celui avec qui javais pass toute une soire agrable dans des conversations trs intressantes. Il se retourna brusquement vers moi et dit dun ton trange:

Imaginez que quelquun de la famille ait commis un dlit. Dans la famille, on nen parlera pas !

Ctait mon tour dtre effray. Jai senti quOuspensky ne pouvait pas traiter ces questions. Il se heurtait en lui-mme une interdiction lorsquil les touchait. Effet hypnotique? Je le rpte, ce moment jai eu le frisson dans le dos.

* * *

Il tait clair que tout en se distanant de Gurdjieff, Ouspensky demeurait toujours li lui, et que ce lien lui avait t impos.

Et, une fois de plus, jai pens que ce curieux phnomne, outre les particularits de son caractre, tait d ce quOuspensky navait pas eu en lui ce fondement solide que nous donne la formation acadmique. La mthode de la science positive, quelque peu diffremment applique on la vu , demeure en pleine vigueur dans les recherches sotriques, et constitue la seule garantie pour un intellectuel, lorsquil aborde cette sorte dtudes. Ce qui prcisment manquait Ouspensky.

Son pouse type humain beaucoup plus volontaire, surtout plus autoritaire que son mari, tait une fervente disciple de Gurdjieff avant et aprs la rupture. Elle appartenait au groupe dinstructeurs : forms par ce dernier. Ces instructeurs produisaient une trange impression.

Jai eu le privilge de les approcher en venant du dehors, et, au surplus, de longs intervalles, pendant lesquels ils oubliaient, certes, ce quils mavaient dit.

En matire de travail, ctait toujours le mme refrain, calqu sur la formule du matre. Sans sen rendre compte, ils prenaient parfois mme un peu laccent caucasien de Gurdjieff, en imitant sa manire de sexprimer, dexposer et de simposer.

Venu ici, disaient-ils, lair condescendant, vous tombez dans une ambiance qui vous rend transparent. Vous tes l comme si, tout nu, vous tiez plac sous une cloche de verre. Nous pouvons vous observer de tous cts et sur tous les points!

Des annes aprs, cette histoire de la  cloche de verre  revenait toujours sur le tapis. Avec le mme sourire, les mmes expressions, les mmes gestes. Comme des robots lintrieur desquels tournaient des disques enregistrs une fois pour toutes (22).

Ils dormaient dun sommeil hypnotique profond tout en se croyant veills. Cest la volont du matre qui agissait en eux en leur faisant prononcer la leon apprise par cur...

Lorsque jai vu Georges Ivanovitch pour la premire fois, me contait en 1937, Lyne, Ouspenskaya peut-tre pour la dixime fois depuis Constantinople (1921), je lui ai dit:  Georges Ivanovitch, je vois en vous quelque chose de grand ! 

Mme phrase, mmes intonations, mmes gestes, mme sourire toujours condescendant...

* * *

Ce qui droutait les gens, cest que ces paroles taient justes. Les tudes sotriques correctement conduites, mettent bientt en vidence toute la mcanicit de notre psychisme, labsence en nous du Moi stable et permanent, limpossibilit pour nous, tels que nous sommes, de faire quelque chose ; car tout nous arrive. Seulement, paroles et actes, paratre et tre ce nest pas la mme chose. Il faut encore, tout verbiage et  disques  mis part, dployer des efforts considrables, permanents et surtout conscients afin de se reconnatre dabord, puis de vaincre cette mcanicit humaine pour devenir un homme consistant, matre de soi.

Or, chez Gurdjieff, ou plutt dans son entourage, ces ides bien connues dans les coles sotriques, et notamment dans la Tradition sotrique de lorthodoxie orientale, prenaient des nuances malsaines : non plus celles relatives un objet dtudes et de recherches en profondeur en vue de trouver si possible une issue ce labyrinthe de notre personnalit, tissu de mensonges et de contradictions les plus extravagantes, mais celles dun moyen, si je puis dire, brutal. Calcul pour faire perdre aux novices le peu qui leur restait encore de libre arbitre et de reflets de la conscience, soit le simple bon sens.

Quant Gurdjieff, il comptait seulement, avec les gens qui pouvaient lui opposer rsistance. Il les estimait. Pour les autres, il nourissait un profond mpris y compris pour ses instructeurs-automates. Surtout pour ceux qui vivaient auprs de lui en qualit de  travailleurs , cest--dire qui taient logs, nourris, blanchis ses dpens. Aussi, parmi les gens que jai eu loccasion de rencontrer dans ces  Instituts  soit Constantinople, soit Fontainebleau, je nai pas vu de personnes qui, compte tenu de ce qui prcde, fussent suffisamment prpares. Ouspensky seul fut, certes, prpar ; mais pour les raisons plus haut exposes, il fut neutralis.

Limpression produite par Gurdjieff sur Ouspensky et lempreinte quelle laissa sur lui pour la vie est due aussi ce quil prit connaissance du message ; ntant toutefois pas apte le recevoir correctement. Ce message ntait pas celui de Gurdjieff qui dailleurs ne le prtendit jamais. Il faisait partie de la Tradition sotrique qui sest conserve notamment, dans lOrthodoxie orientale et qui remonte lancienne gypte, et par l, des temps immmoriaux.

Ouspensky connaissait passablement lvangile, mais il connaissait mal la Doctrine, cest--dire lensemble des commentaires laisss par les docteurs de lglise cumnique. Et autant que je sache, il na jamais t initi la Tradition orale, autrement que par Gurdjieff. Fortement impressionn, il navait pourtant pas de point de repre autre que celui-l, ce qui le privait de la possibilit de faire des recoupements. Et il sy prcipita tte baisse, le message tant confondu dans son esprit avec le messager.

Gardons-nous, toutefois, de conclusions par trop simplistes. La matire est subtile et exige un fin discernement. Rappelons-nous quune autorit telle que Jean Climaque (23) disait : Si tu vois dans ton guide, en tant quhomme, des dfauts, ne taccroche pas cela; suis ses prceptes, car autrement tu napprendras rien.

Il faut donc tre prudent dans nos jugements.

* * *

Pour voir clair dans ce quon peut appeler luvre de Gurdjieff, il faut distinguer trois catgories dlments:

1) les fragments de la Tradition sotrique chrtienne ;

2) quelques fragments de certaines traditions musulmanes ;

3) ses ides et ses crations propres.

Au point de vue sotrique, les deux dernires catgories ne prsentent pas dintrts comme contenu, ni comme mthode dapplication. Ce qui a t apport par lui des traditions musulmanes peut prsenter un certain intrt artistique. Quant la troisime catgorie, son intrt est nul. Sauf la curiosit que reprsente le  phnomne Gurdjieff  comme tel qui sest avr possible dans les milieux cultivs de notre poque tant sous certains aspects analogue au  phnomne Raspoutine , encore plus incroyable, et qui pourtant fut rel.

Gurdjieff laissa un ouvrage, publi par les soins de ses disciples, dabord en anglais, puis en franais, sous le titre: Rcits de Belzbuth son petit-fils  et avec le sous-titre: Critique objectivement impartiale de la vie des hommes (24). La lecture de ce  rcit-fleuve   interplantaire  rappelle les romans de Mme Krzanowska (Rochester), couronns par lAcadmie franaise, et qui taient trs gots de la jeunesse en Russie avant la premire guerre mondiale. Il sagissait aussi de voyages interplantaires, dexcursions dans le pass insondable ainsi que dans lavenir dpassant le XXIe sicle. Mais quelle richesse dimagination, quel mtier dcrivain! A ct des Mages, du Chancelier de Fer de lancienne gypte, de la Toile daraigne et de bien dautres, le pauvre Belzbuth fait figure minable.

La lecture attentive et fatigante de ces pages sans fin nous a rvl, en somme, peut-tre une cinquantaine dintressantes, se rattachant toutes, la premire catgorie plus haut indique. Le reste est un amas abracadabrant avec des dtails purils, comme, par exemple, la description dappareils physiques extraordinaires ou linvention du piano queue, bonne peut-tre pour des garonnets de dix ans.

La comparaison avec les romans de Krzanowska est intressante encore en ceci que la romancire, bien avant lapparition de Gurdjieff lhorizon de Moscou et de Ptrograd, utilisa dans ses romans le thme de la  lutte des Mages  comme celui des  Reflets de la Vrit , thmes sur lesquels Gurdjieff avait voulu crer ses deux  ballets . Tentative jamais sortie du stade des travaux et des essais prparatoires.

Deux sries duvres posthumes sont encore annonces. Il est certes prmatur den parler.

Quant la premire catgorie dlments apports par Gurdjieff dont la valeur est incontestable et qui constitue le contenu de ce que nous avons appel son message, ils furent exposs par Ouspensky dans ses Fragments dun enseignement inconnu. Nous y reviendrons plus loin.

* * *

Gurdjieff est mort dhydropisie, Paris, en octobre 1949. La version officielle est quon lui avait enlev le liquide dune manire trop rapide quelque onze litres la fois et que cela tait la cause immdiate de sa mort. Cependant, dans ses mmoires, Mme Dorothy Caruso, veuve du clbre tnor, parle encore dautre chose. Son tmoignage est dautant plus intressant quelle appartenait au camp dadmiratrices du feu  thaumaturge . Son rcit ne nie nullement le fait de lhydropisie, ni lenlvement trop brusque du liquide. Mais elle parle dun accident automobile survenu relativement peu avant la mort de Gurdjieff et relate  quil avait des ctes fractures, des blessures au visage et aux mains, de nombreuses contusions  etc.

Ctait, somme toute, ma connaisance, au moins le troisime accident automobile survenu Gurdjieff (25). Etait-ce le simple jeu de la loi du hassard ce qui peut arriver tout mortel ou bien leffet de causes profondes ide qui avait mis Ouspensky dans leffroi lors du premier accident sur la route de Fontainebleau ?

On se rappellera cette occasion les paroles de laptre St Paul:

- Ne vous trompez pas: on ne se moque pas de Dieu. Ce que lhomme aura sem, il le moissonnera aussi (26).

IV

Revenons prsent de Gurdjieff Ouspensky, notamment ses Fragments.

En travaillant cet ouvrage, Ouspensky donna son maximum. Or, nous lavons dj remarqu, le point faible de ce travail consiste en son caractre par trop personnel et en son style de reportage. A vrai dire, ce volume devrait tre rcrit en liminant tout ce qui lui donne un aspect subjectif. Rduit de moiti, il gagnerait beaucoup. Mais ce nest pas tout.

Le message transmis par la Tradition sotrique tel quil est expos partiellement dans les Fragments par Ouspensky, comprend tout un systme de schmas. Ces schmas furent crs - on ne sait par qui et quand - pour faciliter aux tudiants lintelligence des notions et des reprsentations nouvelles qui exigent, pour tre saisies et assimiles, des efforts nouveaux, par dfinition, difficiles.

Sur cela se greffe une autre difficult.

Les tudes positives sont bases sur le principe dinformation. Pour chaque matire, ltudiant assimile une certaine quantit de donnes exiges par le programme. Le travail crateur nest pas obligatoire. Dans lenseignement sotrique, le travail crateur est exig ds les premiers pas. Sans efforts crateurs, efforts conscients, ltudiant ne pourra jamais aller bien loin. Dans ce domaine - comme dans des Instituts de recherches - on est appel conqurir le savoir. Le professeur expose la matire dans les limites strictes ncessaires et suffisantes pour que ltudiant puisse aller, dans chaque cas, plus loin et en profondeur par ses propres efforts crateurs.

Noublions pas quen matire sotrique, lobjet dtude et ltudiant ne font quun. Par la mthode de lobservation introspective, le professeur introduit graduellement ltudiant dans son monde intrieur o il doit travailler comme travaille un savant dans son laboratoire de recherches, avide de dcouvertes nouvelles.

Il ne suffit certes pas dy accumuler des informations. On peut, par exemple, apprendre lvangile par cur, mais on nen deviendra pas un saint. Il faut aller en profondeur. En matire sotrique, ltudiant doit apprendre penser en vrille pour percer.

* * *

Cest pour cela que nous sommes rests perplexes devant le volume des Fragments dun enseignement inconnu.

je ne sais qui, en dernier lieu, prparait le texte de luvre posthume pour limpression. Sans entrer dans lanalyse critique ds passages dont la rdaction parat douteuse, jai constat que mme certains des schmas qui laccompagnent sont dfectueux. Dautres manquent compltement. Je ne pense pas quOuspensky lui-mme les ait dforms ou omis. En tout cas, il ne men avait jamais parl.

Le fait est important. Prenons par exemple le schma plac ci-dessous qui, pour celui qui aborde les tudes sotriques est le plus important. On verra tout de suite quil nest pas complet, et au surplus, accuse de grossires erreurs. Voici dabord le diagramme tel quil figure dans les Fragments, avec la lgende qui laccompagne: (p. 289)

V ... vie.
H ... un homme, pris isolment.
A ... influences cres dans la vie par la vie mme - premire sorte dinfluences.
B ... influences cres en dehors de la vie, mais jetes dans le tourbillon gnral de la vie seconde sorte dinfluences.
Hl ... un homme reli par voie de succession au centre sotrique, ou prtendant y tre, reli.
E ... centre sotrique, situ hors des lois gnrales de la vie.
M ... centre magntique dans lhomme.
C ... influence de lhomme H, sur lhomme H; dans le cas dun lien rel avec le centre sotrique, que ce lien soit direct ou indirect, il sagit dune influence de troisime sorte. Cette influence est consciente et sous son action, en un point M, qui dsigne le centre magntique, un homme devient libre de la loi de laccident.
H2 ... un homme qui se trompe lui-mme ou qui trompe les autres, nayant aucun lien, ni direct ni indirect, avec le centre sotrique.

* * *

Rappelons en passant que les diagrammes du systme, comme la plupart des textes et monuments sotriques, sont conus de telle sorte quils cachent en eux-mmes le ou les moyens permettant de vrifier leur authenticit et de relever les erreurs des  scribes et traducteurs . Sans cela, videmment, leur transmission travers les sicles et les civilisations teintes serait impossible. En mme temps ces moyens de contrle offrent ltudiant attentif la possibilit daller au del du sens apparent pour saisir le sens plus profond.

On ne doit pas sen tonner. Cette mthode se trouve la base de tout enseignement sotrique qui exige des tudiants une attention particulirement accrue, attache dans la mme mesure lensemble du monument ou texte tudi et ses menus dtails. Pour sen convaincre, il suffit de jeter un coup dil rapide, par exemple, sur le clbre bas-relief dleusis, attribu Phidias, reprsentant lenvoi de Triptolme, reproduit ci-contre. Dans cette scne bien connue, dcrite et interprte maintes reprises, on nattache gnralement pas dimportance au geste de Persphone qui tient son index courb dune manire intentionnelle, sur le sinciput de Triptolme.

Pourrait-on vraiment croire que ce nest que leffet dun simple jeu de la fantaisie de lartiste? tant donn surtout quil ny a pas lombre dun doute que lauteur de ce chef-duvre lui-mme dut tre un popte, cest--dire un initi aux grands mystres dleusis.

Au demeurant, ce geste constitue la clef permettant laccs au sens profond de cette icne. Remarquons que le terme popte veut dire voyant ; songeons que daprs ls enseignements orientaux, la glande pinale, situe prcisment au point quindique avec insistance le doigt de Persphone, dment dveloppe par des exercices appropris, constitue lorgane de la clairvoyance. Partant de cette indication, on pourra dchiffrer progressivement le sens dautres dtails du tableau pour saisir enfin la signification profonde, celle qui avait t rserve au initis de lensemble de la composition (27).

On dit que lvangile est un livre ferm par sept serrures ; cest--dire que, pour aller au sens intgral de ce monument, il est ncessaire de trouver les sept clefs conscutives susceptibles de louvrir. Or, la premire clef est donne pour chacun dentre eux dans les images symboliques qui accompagnent sur les icnes celles des vanglistes : Homme, Lion ail, Taureau et Aigle. Ces mmes images accompagnent lEnnagramme, schma de base expos dans les Fragments qui renferme en lui tout le systme. Enfin, on trouve les mmes symboles sur larmure dAuguste et des premiers empereurs romains.

Quant aux nombres de 3 et 9, sur lesquels repose lEnnagramme, ainsi que le message tout entier, ils se retrouvent dans les traditions sotriques du monde entier. On se rappellera, par exemple, le clbre mur neuf dragons du palais imprial de Pkin, le plan traditionnel des habitations de certaines tribus ngres du ct de lEthiopie et dautres donnes encore. En ce qui concerne la Russie, il est connu que les nombres de 3 et 9 et de 3 x 9, figurent dans peu prs tous les anciens contes populaires (28). De mme, la liturgie orthodoxe est conue sur la base de neuf points fixes, entre lesquels interviennent des lments variables selon les saisons, jours, ftes clbrer, saints vnrer. La Cathdrale de St Basile le Bienheureux, rige au Kremlin en 1550-1560 par Ivan IV le Redoutable en commmoration de sa victoire de Kazan, ce chef-duvre de larchitecture russe, cration de Barma et Postnik , reprsente un complexe de neuf glises lune ct de lautre, couronnes par neuf dmes en bulbes. Noublions pas non plus que les crmonies des mystres dleusis duraient neuf jours, enfin quApollon Musagte prsidait un ensemble de neuf Muses.

Revenons au schma soumis notre analyse. Voici son aspect exact:

La diffrence entre les deux diagrammes saute aux yeux.

Passons aux commentaires:

Ces flches reprsentent les influences cres dans la vie par la vie mme. Cest une premire sorte dinfluences, dites influences A. On remarquera que les flches noires couvrent dune manire peu prs gale toute la superficie du cercle de la vie. Comme dans le cas de toutes les forces rayonnantes de la nature, leur effet est inversement proportionnel au carr de la distance ; ainsi, lhomme subit surtout linfluence des flches de son entourage immdiat, et est entran chaque instant, par leur rsultante du moment. Linfluence des flches A sur lhomme extrieur est imprative ; pouss, il erre dans le cercle de sa vie depuis la naissance jusqu la mort.

Lensemble dinfluences A forme la loi du hassard, sous lempire de laquelle est plac le sort humain. Or, en examinant le schma de plus prs, on sapercevra que chaque flche noire se neutralise tant contre-balance quelque part par une autre, gale en force et diamtralement oppose, si bien que si on les avait laisses se neutraliser effectivement, leur rsultante gnrale aurait t gale zro. Cela signifie que, dans leur ensemble, les influences A sont de nature illusoire quoique leur effet soit rel ; pour cela, gnralement, lhomme les prend pour la seule ralit de la vie.

Centre sotrique plac hors des lois gnrales de la vie.

Influences B. Ce sont les influences qui sont jetes dans le tourbillon de la vie du Centre sotrique. Cres en dehors de la vie, ces influences sont reprsentes dans le schma par des flches blanches. Ces flches sont toutes orientes dans la mme direction. Dans leur ensemble, elles forment une sorte de champ magntique.

Etant donn que les influences A se neutralisent, les influences B constituent en fait la seule ralit de la vie.

Homme, pris isolment. Il est reprsent dans le schma par un petit cercle en hachures. Cela veut dire que la nature de lhomme involutif nest pas homogne; elle est mlange.

Si lhomme passe sa vie sans distinguer les influences A et B, il la terminera, comme il lavait commence, cest--dire mcaniquement, mu par la loi du hasard. Cependant, en fonction de la nature et de la force des rsultantes du moment, sous lgide desquelles il sera soumis, il pourra mme faire une brillante carrire, devenir dput, ministre, savant, prononcer de remarquables discours, crire des livres. Mais il parviendra la fin sans avoir rien appris, ni compris du rel. Et  la terre reviendra la Terre .

Dans la vie, chaque individu est en fait soumis une sorte dpreuve de concours. Sil discerne lexistence des influences B, sil prend le got de les recueillir et de les absorber, sil aspire les assimiler toujours davantage, sa nature intrieure mlange commencera subir petit a petit une certaine volution. Et si ses efforts pour absorber les influences B sont constants et suffisants en force, un centre magntique pourrait se former en lui. Ce centre magntique est reprsent dans le schma par le petit espace blanc.

Si, une fois n en lui, et tant soigneusement dvelopp, ce centre prend corps, il exercera son tour une influence sur les rsultantes des flches A, toujours en fonction. De sorte quil en sortira une dviation. Cette dviation peut tre violente. Elle constitue une transgression de la Loi gnrale de la vie, et provoque en lhomme et autour de lui des conflits. Sil perd la bataille, il en sort avec la conviction que les influences B ne sont quune illusion, et que la seule ralit qui existe est reprsente par, les influences A. Petit petit, le centre magntique qui stait form en lui, se rsorbera et disparatra. Alors sa situation nouvelle sera pire que celle dautrefois, lorsquil avait peine discern les influences B.

Mais sil sort vainqueur de cette premire lutte, son centre magntique, consolid et renforc, lattirera vers un homme dinfluence C, plus fort que lui et possdant un centre magntique plus puissant. Ainsi, par voie de succession, celui-ci tant en rapport avec un homme dinfluence D, il sera reli au Centre sotrique E.

Dsormais, dans la vie, lhomme ne sera plus isol. Certes, il continuera vivre comme auparavant sous laction des influences A qui longtemps encore exerceront sur lui leur empire ; cependant, petit petit, grce leffet de linfluence en chane B-C-D-E, son centre magntique se dveloppera de plus en plus, et, au fur et mesure de sa croissance, il sortira de lempire de la loi du hassard pour entrer dans le domaine de la conscience.

Sil parvient ce rsultat avant sa mort, il pourra dire que sa vie naura par t vcue en vain.

* * *

Examinons prsent le mme diagramme, mais sous un aspect diffrent:

Ce second schma, avec les centres magntiques noirs, reprsente le cas o lhomme se trompe, et o croyant absorber les influences B, absorbe, en faisant la slection, celles des influences A, flches noires, qui sont en quelque sorte parallles aux flches blanches des influences B.

Cela le mettra galement en rapport avec des gens possdant des centres magntiques de cette mme nature qui, eux-mmes, se trompent ou trompent les autres nayant aucun lien direct, ni indirect avec le Centre sotrique.

* * *

Dernire remarque. Quelle est la garantie pour lhomme de ne pas se tromper et de ne pas tomber dans le deuxime cas?

La rponse est simple : la puret du centre magntique doit tre scrupuleusement observe ds le dbut et tout le long de son chemin dvolution.

* * *

La description propose du schma en question nest pas exhaustive. Dautres commentaires sont encore possibles, - et les personnes qui tudient le Systme avec assiduit sont appeles le mditer pour pouvoir aller davantage en profondeur.

Rflexion faite, elles sapercevront que ce schma comprend toute une srie de lois de la vie humaine, exposes dans les vangiles sous forme de paraboles et dallusions.

V

La prsente tude, ncessairement brve, ne prtend pas donner une analyse complte du  phnomne Gurdjieff  ainsi que de luvre dOuspensky. Lauteur sera amplement satisfait si, tomb sous les yeux des lecteurs ou disciples de lun comme de lautre, il les incite repenser leurs impressions ou leurs expriences.

Je lai crit galement lintention de mes propres tudiants de lUniversit de Genve qui, depuis trois ans, suivent mes cours sur la Tradition sotrique dans lOrthodoxie orientale.

Pour ma part, jai toujours cru surtout aprs la catastrophe automobile de 1924 que le cas Gurdjieff tait une faillite. Fut-il sduit par largent, par les femmes ou bien par le mirage du  pouvoir ? Il voquait pour moi limage dun ange dchu. Parfois, il me semblait aussi quil cherchait la rsistance et ne la trouvait point.

Gurdjieff navait pas le don de clairvoyance. Mais Constantinople, il voulut enrichir son  Institut  en sassociant une clbre voyante, mdium trs fort, pouse dun diplomate russe. Ds les premiers contacts, elle dclina premptoirement toute collaboration avec lui.

Je crois aussi quaprs sa premire catastrophe automobile sans parler dautres Gurdjieff na pas recouvr intgralement ses capacits physiques et morales. Et si lon admet que cet accident fut dj le rsultat des dviations prcdentes puisquil fut suivi dautres, il faut bien conclure que jusqu la fin lesprit de dviation na pas t surmont par lui.

Somme toute, ce ntait pas un  thaumaturge  comme Cagliostro ou Raspoutine. Les thaumaturges rels de ce genre ne meurent pas. On les tue. Gurdjieff tait de moindre envergure ; il est mort, comme on le sait, dhydropisie.

Que voulez-vous? disait-il avec vhmence aux nouveaux venus. Vous voulez crever comme un chien?

Ceci pour leur dire ensuite quil existe un moyen dy chapper, et que ce moyen il le dtenait.

A-t-il chapp lui-mme?

Quant Ouspensky, il est mort du fait que ses reins cessrent de fonctionner. A quoi cela fut-il d? Peut tre ce quil prenait trop de vin et dalcool? Dans les annes vingt, lorsquil venait souvent de Londres Paris, un dner avec lui tait obligatoirement suivi dune veille Montmartre accompagne de libations.

Tels,>sont les faits. Et ces faits sont tristes.

Cest parce que les recherches sotriques offrent un chemin particulirement difficile, prilleux mme. Au fur et mesure que ltudiant avance, surgissent devant lui des obstacles et des sductions - prlsti de la Tradition orthodoxe. Ils se produisent sur divers plans et chaque fois, dune manire inattendue. Ce sont des preuves. Elles arrivent parfois sous forme agrable: femmes, argent, succs immrits suivis, bien entendu, dorgueil et de vanit. Parfois, si cela ne russit pas, elle prennent une forme dsagrable, principalement par le truchement des proches. Nest-il pas dit: Lhomme aura pour ennemis les gens de sa maison? (29)... Il suffit de tomber dans le pige, o lon disparat comme dans une trappe, pour que tout soit recommencer zro. Et ce sera encore plus difficile. Ou bien, si la sduction est agrable, ne serait-ce quen apparence, on quitte le droit chemin pour suivre le sentier du pril... La loi est formelle: il nexiste pas de solution intermdiaire.

* * *

Question pratique: quelle doit tre lattitude des tudiants envers le  phnomne Gurdjieff  et les Fragments dOuspensky?   Le lecteur attentif trouvera facilement lui-mme la rponse dans le contenu de notre expos : il faut, dans le premier cas, sparer le message du messager, et, dans le second, aller au del de linformation. Lexemple donn plus haut dmontre quavec cela, on arrive dcouvrir et liminer les erreurs.

Il y a une fable qui court partout en Orient. On raconte quil existe une race de cygnes particulirement nobles, celle du Cygne Royal. Et on dit que si lon pose devant lui un rcipient rempli de lait tendu dans leau, il spare le lait, le boit, et laisse leau. Telle doit tre lattitude des tudiants.

Enfin, ceux parmi eux qui ont profit ou qui profitent du message doivent tre reconnaissants au messager et son interprte. Sils savent prier, quils prient pour le salut de leur me!


(1) Fragments dun Enseignement inconnu, par P.D. Ouspensky, Ed. Stock, 1950. Dans la Notice des Editeurs on lit les lignes suivantes: Un vaste systme cosmogonique... une physiologie et une psychologie entirement inconnues (en Occident B.M.) un ensemble de techniques permettant lhomme dacqurir, par un travail sur soi, une vritable libert voil ce que le lecteur trouvera dans et ouvrage.

(2) P.D. Ouspensky, Fragments dun Enseignement inconnu, Editions Stock, Paris 1950.

(3) Jean, XXI, 25.

(4) Fragments, p. 519 et suiv.

(5) La Cinmodrame dOuspensky nest autre chose que sa propre biographie concernant la premire partie de sa vie. L on voit comment et pourquoi il na pas reu de formation intellectuelle suprieure, ni mme secondaire.

(6) Cf. Fragments, pp. 45, 369, 370.

(7) Ibid., pp. 45, 369.

(8) Ouspensky le dit lui-mme. Il eut cette ide ds le dbut de sa rencontre avec Gurdjieff (Ibid., p. 31). Lui tait-elle suggre par celui-ci ?

(9) Op. cit., p. 31 et passim.

(10) Op. cit., p. 41. Titre prtentieux. Ouspensky lavait choisi pour placer ce travail en ligne de succession aprs lOrganon, dAristote, et Novum Organum, de Bacon.

(11) Ibid.

(12) Fragments, p. 149. Cest nous qui soulignons.

(13) Cest ainsi quon exerce linfluence hypnotique sans plonger le sujet en transe.

(14) Fragments, p. 35-36.

(15) Comparer p. 83 des Fragments, deuxime alina, lignes 6 et 7.

(16) A comparer ce phnomne avec celui dcrit au Village de Stepantchikovo par Dostojevsky.

(17) Ce feu intrieur est ncessaire pour parvenir lalliage, la suite de quoi le Moi de lhomme devient entier et permanent.

(18) Matthieu, XXV, 24-30

(19) Nous revenons cela dans un ouvrage actuellement en prparation. B.M.

(20) Fragments, pp. 534, 535.

(21) Ouspensky se gardait de divulguer sa prsence Fontainebleau.

(22) Fragments, pp. 384, 385, puis 371.

(23) Docteur de lEglise, n en Palestine vers 525, mort en 605. Fut suprieur de monastre du Mont Sina. Son principal ouvrage est les Climaux ou chelle. De cet ouvrage a t tir son surnom.

(24) All and Everything, version anglaise et Ail und Alles, version allemande. Version franaise parue en 1956, Paris, Ed. Janus, elle comprend 1.178 pages de texte.

(25) En dehors de celui de 1924, il y en eut encore un, survenu Paris en 1932, lorsque Gurdjieff circulait en voiture avec le Dr. L.R. de Stjiernvall.

(26) Galates, VI, 7.

(27) On prtend que la glande pinale, dment dveloppe, prend une forme bulbeuse. Cest ainsi que la tradition architecturale russe donne aux dmes des glises cette forme si caractristique.

(28) Cf. lintressant article de J. Polivka:  Les Nombres 9 et 3 X 9 dans les Contes des Slaves de lEst , dans la Revue des Etudes Slaves, Paris, 1927, t. VII, pp. 217-223. Cf. galement Afanassieff, Reprsentations potiques de la Nature chez les Slaves anciens (en russe), en 3 vol., St-Ptersbourg 1865-69.

(29) Mathieu, X, 36 ; Miche, VII, 6.

 

CENTRE DETUDES CHRETIENNES ESOTERIQUES
34, Bd. Helvtique, GENEVE

Extrait de la Revue  Synthses , no 138, 1957

 


En tant que propriétaires et éditeurs de ces pages, nous souhaitons souligner que le matériel présenté ici est le fruit de notre recherche et de notre expérimentation en communication supraluminique. Nous nous demandons parfois si les Cassiopéens sont ce qu¹ils prétendent être, parce que nous ne tenons rien pour vérité indiscutable. Nous prenons tout "cum granulo salis", même si nous considérons qu¹il y a de bonnes chances que ce soit la vérité. Nous analysons constamment ce matériel ainsi que beaucoup d¹autres qui attirent notre attention, issus de divers domaines de la Science et du mysticisme. Honnêtement, nous ne savons pas CE QU'EST la vérité, mais nous croyons qu¹elle est « quelque part par là» et que nous pouvons sans doute en découvrir une partie. Oui, nous pouvons dire que nos vies ont été enrichies par ces contacts, mais certains éléments nous ont aussi rendus perplexes et nous ont désorientés, et ils restent encore à être clarifiés. Nous avons certes trouvé beaucoup de «confirmations» et de « corroborations » dans d¹autres domaines, entre autres la Science et l¹Histoire, mais il y a aussi de nombreux éléments qui, par nature, sont invérifiables. C¹est pourquoi nous invitons le lecteur à partager notre recherche de la Vérité en lisant avec un esprit ouvert, mais sceptique.

Nous n¹encourageons pas « l'adepte-isme », ni aucune « Vraie Croyance ». Nous ENCOURAGEONS la recherche de la Connaissance et de la Conscience dans tous les domaines qui en valent la peine, comme le meilleur moyen de discerner le mensonge de la vérité. Voici ce que nous pouvons dire au lecteur: nous travaillons très dur, plusieurs heures par jour, et nous le faisons depuis de nombreuses années, pour découvrir la raison de notre existence sur Terre. C¹est notre vocation, notre queste, notre mission. Nous recherchons constamment à valider et/ou à affiner ce que nous envisageons comme possible, probable, ou les deux. Nous faisons cela avec l¹espoir sincère que toute l¹humanité pourra en bénéficier, si ce n¹est maintenant, alors dans un de nos futurs probables.

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